Joy vs Le Branleur fou

Bonjour les amis,

J’ai hésité avant d’écrire le billet d’aujourd’hui, mais je crois que j’ai le devoir de pousser un coup de gueule.

En juillet dernier, je marchais tranquillement dans la rue Chasselièvre vers le centre-ville de Rouen quand j’ai senti quelqu’un derrière moi. Ses pas étaient rapides, et j’avais l’impression d’être talonnée. Soit. Je ne suis pas parano (il était 16h) donc je n’ai pas voulu faire la fille flippée, j’ai encore accéléré la cadence et j’ai tourné dans une rue perpendiculaire dès que j’ai pu. Manque de bol, c’était la rue Louis Braille qui, pour ceux qui connaissent, est plus un raccourci pour piétons entre deux murs hauts de 3m où personne ne te voit ni ne peut t’entendre crier.

Le type a continué à me suivre et j’ai continué à faire semblant que tout allait bien, toujours sans me retourner. J’avais peur que ça le fasse péter les plombs. Donc, je n’ai pas bronché quand j’ai senti sa bouche contre mon oreille et qu’il m’a dit : « En fait je me branle » tout en marchant. Dès que j’ai atteint la rue du Renard, il a cessé de me suivre et j’ai continué à avancer sans me retourner une seule fois.

J’aurais dû réagir. J’avais eu peur, mais il ne m’avait rien fait alors je ne voyais pas l’intérêt de prévenir la police. C’est même devenu une blague avec mes potes : « Tu rentres à pieds toute seule ? Fais gaffe au Branleur fou. » Ça me faisait marrer…

Sauf que je me marre moins depuis samedi 20 septembre. En revenant de la place Cauchoise vers 23h30 (j’étais seule), j’ai de nouveau senti quelqu’un me suivre dans la rue Chasselièvre. Je n’ai toujours pas paniqué, je me suis retournée discrètement et j’ai vu un homme qui marchait plusieurs mètres derrière moi, relativement loin. Ça m’a rassurée, je me suis dit que c’était juste quelqu’un qui revenait de soirée comme moi. J’ai eu tort.

Arrivée à 20m de chez moi, j’ouvre mon sac à mains pour commencer à chercher mes clés (ça me prend toujours 1/4 d’heure) et c’est là que j’ai entendu des pas précipités derrière moi. L’individu s’est jeté sur moi. J’ai cru qu’il allait voler mon sac mais non, il a plaqué sa main contre mon sexe et j’ai crié.

Il a aussitôt pris la fuite.

Ça s’est passé à 20 putain de mètres de chez moi.

Je ne peux pas prouver que c’était le même type que la première fois, mais si ce n’est qu’une coïncidence ça signifie qu’il y a deux pervers dans mon quartier. Hyper rassurant.

J’ai eu de la chance.

Je me dis que j’aurais dû porter plainte la première fois. Quand je pense que ça me faisait rire et que je trouvais ça presque normal. Parce que oui, se faire emmerder quand on est toute seule dans la rue et qu’on est une femme, c’est devenu normal. Normal pour qui ?

En mars 2014, la blogueuse Jack Parker s’est fait lyncher par des internautes malveillants pour avoir publié un article similaire détaillant son agression. Vous savez pourquoi ? Parce qu’elle portait une jupe au moment où ça s’est passé. Ça ne serait évidemment jamais arrivé si elle avait été en pantalon !

Ce matin, je suis allée porter plainte au commissariat. J’espère que ça aidera les forces de l’ordre à arrêter ce type avant qu’il ne « passe à l’étape supérieure » comme m’a dit la policière qui a pris ma déposition.

Pitié, arrêtons d’être cons.

Ne banalisons pas le harcèlement.

N’attendons pas qu’on nous viole pour appeler le 17.

 

~Joy

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