Ecrire en atelier

Cet été, j’ai décidé de partager avec vous des textes inédits réalisés au cours des 2 dernières années en atelier. Vous n’en avez sans doute jamais entendu parler mais il existe bel et bien des ateliers d’écriture partout en France. En fait, c’est un peu comme Le Cercle des poètes disparus, mais le plus souvent avec des vieux…

atelier

Le principe est simple : on se retrouve à intervalles réguliers pour travailler sur des thèmes imposés, exactement comme les exercices d’expression écrite à l’école. Quel intérêt ? Chacun a la possibilité (mais pas l’obligation) de lire ses textes à voix haute pour bénéficier de l’avis des autres membres. On se motive mutuellement et on apprend ensemble à explorer les styles que l’on aime et ceux où on se sent moins à l’aise.

Pour ceux qui seraient intéressés pour venir s’essayer à l’écriture dans un atelier, je ne peux que vous recommander Les ateliers d’écriture d’Elisabeth Bing à Paris (10e) et ceux de Pierre Thiry au café Ici & Ailleurs à Rouen. Vous m’y croiserez peut-être !

 

Dans l’exemple ci-dessous (il s’agit de mon tout premier texte réalisé en atelier à Paris !), la consigne était de poursuivre l’intrigue à partir de la phrase d’introduction en gras :

Depuis un moment, ils se tenaient immobiles, debouts à quelques pas l’un de l’autre, et Mrs Dare feignait de lire la lettre qu’il venait de lui tendre. Comment aurait-elle pu discerner les mots, si soigneusement tracés de ses longs doigts élégants, alors que ses propres doigts fébriles tremblaient comme la brise d’une matinée d’avril lorsque le soleil s’élevait sur la colline de Montburry où elle l’avait rencontré pour la première fois ?

De toute sa vie, elle n’avait rien ressenti de tel. Sir Finnegan, la vue de cet homme fier, au manteau de laine à la coupe droite et aux boutons de cuivre, chevauchant un magnifique étalon noir à la crinière aussi brillante que la soie et menant avec un sourire d’adolescent une cohorte de chasseurs et de chiens jusque dans les bois de Williamshood, lui faisait battre le cœur plus que de coutume. Quel défilé que ces hommes aux bottes rutilantes coiffés de chapeaux haut de forme et quel vacarme que ces chiens aux pattes puissantes qui labouraient la terre d’un air surexcité en flairant leur proie.

Mrs Dare était montée sur la colline pour porter un cierge à la petite chapelle de Sainte Lucy où elle avait l’habitude de s’échapper quand son mari ronflait à en faire vrombir les murs de leur chambre à coucher après avoir dépensé sa paie en bière et en paris hippiques au Molly’s pub. Comme elle était libre, là-haut sur la colline qui surplombait toute la vallée de Glenndale, et comme sa maison lui paraissait petite ! Elle arrivait presque à en oublier son malheur et à rêver qu’une autre vie l’attendait quelque part, loin de cet endroit, au-delà de cette vallée et de ces collines. Mais sa mère était souffrante, son mari alcoolique, et elle n’arrivait toujours pas à tomber enceinte malgré les infusions de plantes que lui avait vendues Jane, l’aimable épouse du docteur Hull avec qui elle discutait parfois après la messe le dimanche matin.

Elle pénétra dans l’enceinte glacée et humide de la petite chapelle jonchée de déjections d’oiseaux et utilisa un cierge qui brûlait déjà pour allumer la mèche de son offrande au Seigneur, un ultime espoir de voir sa vie changer en mettant au monde un enfant qu’elle pourrait aimer et qui l’aimerait en retour. C’est à cet instant-là, tandis qu’elle se tenait agenouillée, seule dans l’entrée du petit édifice en granit, qu’elle poussa un hurlement lorsqu’elle sentit une forme animale la bousculer dans la pénombre et qu’un grognement tout droit sorti de l’enfer résonna de manière terrifiante à ses oreilles. Son cœur s’emballa et elle resta pétrifiée, elle allait se faire dévorer par une horrible bête ! Une voix d’homme se fit alors entendre : « Ruppert, au pied ! » et le monstre à la gueule pleine de crocs acérés fit demi-tour et détala en aboyant. Mrs Dare resta comme tétanisée, sans pouvoir respirer. Ce fut la main gantée de Sir Finnegan qui la remit sur ses pieds. Sir Finnegan, l’homme qui allait bouleverser sa vie.

***

Je sais.

Je regarde trop Orgueil & Préjugés.

Et ça ne va pas s’arranger de si tôt, je suis en train de lire Emma de Jane Austen. Et vous, vous lisez quoi en ce moment ? Pensez au nouveau roman de Marie Vareille !

Je vous fais plein de big bisous et vous dis à bientôt !

~Joy

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